Nostalgies et Retrouvailles

Mai 2021, alors que le salon ré-ouvre, j’ai envie de nous faire plaisir avec une proposition de massage que je n’ai jusqu’ici pratiqué qu’avec mes proches. Ce que j’appelle mon « Massage Saudade » est un massage maison animé par la nostalgie et la joie de mes années au Portugal, réalisé au départ sur un coin de table en fredonnant du fado, avec le souhait égoïste de convoquer et chérir les personnes et les lieux qui me manquent, de cajoler mon cœur en massant et chantant.

J’ai vécu près de 6 ans à Porto au Portugal, un chapitre qui m’a réjouie et transformée, une Terre où je conserve des amitiés profondes. C’est en les quittant pour suivre d’autres beaux chemins que j’ai compris (je crois!) dans mon être le sens du mot Saudade. Depuis, chanter – ou tenter de chanter – quelque exigeant et vibrant fado semble parfois être le seul exercice à la hauteur des émotions abritées dans mon cœur.

Ma dernière visite à cette famille du Portugal a coïncidé à quelques jours près avec la fermeture des frontières en 2020. La suite nous la connaissons. Mes ami·es me manquent, des enfants sont nés que je n’ai pas encore rencontrés, mais surtout, nous nous sommes toutes et tous manqué·es, partout. Ici ou là-bas et juste à côté. De même les mouvements du monde, les mots et les airs des autres, les contacts, de la banale cordialité aux câlins, les paysages au delà de nos maisonnées, l’altérité hors des bulles de même, nous ont manqué. Nous manquent.

Certain·es ont connu de plus douloureuses séparations, un monde qui n’est plus jamais le même une fois les aimé·es parti·es…

D’autres, les pertes d’ouvrages, d’emplois, d’occupations, de ressources. Le désœuvrement. Là dedans aussi des douleurs, et le chemin ténu de la persévérance…

D’autres encore, la lente et dangereuse érosion de l’épuisement…

Toutes choses qui chaque année arrivent, nous éprouvent, précipitées ou rendues parfois plus compliquées depuis le début de la pandémie en 2019.

Quelle place faire à tout cela ?

Promenades et goélands sur la plage de Porto

Le Massage Saudade

C’est un massage personnel improvisé, à votre écoute, sur lequel souffle un vent doux de Portugal. Il est accompagné par une sélection de musiques portugaises et une huile mélangée par mes soins pour éveiller la nostalgie et les sens.

Ce massage-hommage à un pays et des gens que j’aime devient l’espace propice à accueillir et écouter ses propres nostalgies, à rêvasser à ses autres, ses ailleurs ; à se dissoudre dans les souvenirs et être réveillé·e par la pointe de la perte ou l’élan d’un désir; à laisser le temps façonner des fragilités en nouvelles forces ; à dire au-revoir, tout en gardant vivant ce/ceux/celles qui ont fait qui nous sommes aujourd’hui ; à relâcher ses efforts un instant, s’abandonner un peu pour ne pas abandonner en grand ; à ouvrir les bras à la tristesse, pour qu’elle s’épanouisse, fane, et ne nous tourmente plus.

La playlist contient du fado bien-sûr, de la guitare portugaise, du field recording, des sons d’ambiance.

Huile d’olive, fado et pétrissages

Pour ce moment de Saudade massée, j’ai réalisé un mélange avec une base d’huile d’olive pure, biologique, du Portugal. En plus de vertus émolliente et adoucissante, son parfum familier, fruité et frais se combine bien avec les Huiles Essentielles d’Eucalyptus et Petit Grain Bigarade que j’y ai ajoutées – en faible concentration, pour un nez discret, qui reste modeste. L’Huile Essentielle d’eucalyptus parce que, bien qu’étant une essence non native (et causant malheureusement des déséquilibres fâcheux sur l’écosystème), les eucalyptus sont très présents à Porto et alentours. Ils embaument les parcs de la ville et leurs majestés ont accompagné nombreux de mes entraînements au taijiquan en extérieur. La senteur fraîche de l’eucalyptus élève et aère l’esprit. Souhaitant l’accompagner d’un arbre à agrumes, j’ai choisi le Petitgrain bigarade, qui console délicatement des solitudes et des séparations.

L’huile d’olive est légèrement plus épaisse que les huiles de massage habituelles et je l’aime ici pour sa vitesse plus lente, qui se prête bien à des pétrissages simples et bons, comme s’il ne s’agissait entre nous que de faire un bon pain de votre belle personne. En creux, c’est aussi pour moi un hommage au travail manuel bien accompli, avec cœur, au massage comme un artisanat.

Je vous laisse avec Cansaço (Fatigue) d’Amalia Rodrigues, dont le texte et la voix débordent mon cœur de masseuse. Un extrait à contempler:

« Tudo o que faço ou não faço
Outros fizeram assim
Daí este meu cansaço
De sentir que quanto faço
Não é feito só por mim. »

« Tout ce que je fais ou ne fais pas
D’autres ont fait comme ça
D’où cette fatigue qui est mienne
De sentir que ce que je fais
Je ne suis pas la seule à le faire. »

Camélias et tulipes lourdes d’eau au printemps
Eucalyptus
Catégories : Massages